Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu
Laissez-le moi encore un peu, encore un peu
J'ouvre silencieusement la porte de ta chambre m'avançant vers le lit dans lequel tu reposes. Pendant un très long moment, j'évite consciencieusement de regarder la forme dans ce grand lit froid et impersonnel. Enfin après avoir observé chaque détail de cette pièce que je connais par c½ur, je laisse mes yeux se poser sur ta silhouette recroquevillée dans une position f½tale.
Tu sembles être profondément endormi mais je sais que c'est juste une façade pour toi éviter de devoir affronter les autres et leurs regards emplis de compassion et de pitié. Moi, je ne ressens aucun de ses deux sentiments quand mes yeux orages parcourent ton corps si maigre et si pâle aujourd'hui. Non moi je ne suis que silence et colère muette. Je ne suis que souffrance et désespoir. Je ne suis que solitude et incompréhension...
Je marche jusqu'au pied de ton lit d'hôpital me laissant tomber sur le matelas épais sur lequel tu es toi même étendu immobile comme si tu étais déjà dans ton cercueil. Et je ne sais que trop bien que cette pièce si blanche, si froide sera ton tombeau car tu ne passeras plus jamais cette porte debout sur tes deux jambes. Tu ne marcheras plus jamais vers moi en affichant un petit sourire en coin digne d'un noble serpentard. Tu ne danseras plus avec moi, ton corps collé au mien et nos yeux unis à jamais. Tu ne feras plus jamais l'amour avec moi laissant le plaisir te submerger tout en m'offrant le Paradis d'être en toi. Oh Harry, il y a tant de choses que tu ne feras plus jamais ! Et j'ai si mal d'avoir conscience de tout ça...
Ma main tel un papillon vient te frôler le front là où il y a bien longtemps maintenant un éclair marquait ta peau. La cicatrice est partie en même temps que Tom Elvis Jedusor est passé de vie à trépas grâce à toi et à tes fabuleux pouvoirs. Cependant malgré la disparition de Voldemort et l'accomplissement de la Prophétie, tu es entrain de disparaître inexorablement toi aussi terrassé par un nouveau mal grandissant.
Tu te tournes enfin vers moi m'affrontant avec une lueur de défi au fond des yeux et un petit sourire vient naître sur tes lèvres mais il disparaît presque aussitôt chassé par la douleur. Malgré moi, je ferme mes paupières pour ne pas avoir à regarder une fois de plus tes joues creuses à la couleur laiteuse, ta bouche si pâle qu'elle en est presque devenue invisible...Pour moi ne pas devoir plonger une fois de plus dans tes deux grandes émeraudes qui me hurlent combien tu es déjà mort en réalité.
D'un geste horriblement lent, tu lèves ton bras pour venir frôler de tes doigts décharnés mon visage aux traits angéliques. Tu redessines alors amoureusement chaque trait, chaque imperfection, chaque détail de ma figure que tu connais par c½ur depuis si longtemps. Et comme d'habitude, je me laisse faire tout en retenant mes larmes et mes cris de désespoir.
Je te mens dissimulant en moi tout ce que je ressens en réalité, cachant au plus profond de mon être ma peur de te perdre. Et pourtant, j'ai de plus en plus de mal à tout dissimuler car je sais que chaque seconde qui passe t'éloigne un peu plus de moi. Chaque minute écoulée t'approche toujours un peu plus de la mort et tu n'es déjà plus qu'une ombre hantant le monde des vivants...
Tu me souris misérablement et je ne peux m'empêcher de te haïr pour tout ça. Je te hais parce que tu vas me quitter malgré toutes tes belles promesses d'éternité. Je te déteste pour tout ce que tu m'as fait découvrir entre tes bras, pour tous ces mots que tu as dits uniquement pour moi. Je te vomis pour tout l'amour que je te porte et pour cette frayeur qui me dévore les entrailles à l'idée que dans peu de temps, je me retrouverai de nouveau seul avec moi même.
Seul toi as réussi à briser les murs de glace qui entouraient mon c½ur me protégeant de toutes désillusions et de tout attachement. Mais toi, tu as tout chamboulé dans ma vie pourtant si bien organisée, si bien rangée, si froide et impersonnelle. Tu m'as fait brûler de passion sous tes doigts, tu m'as forcé à exprimer tout ce qu'avant toi, je ne savais pas dire. Tu as réussi à faire ressortir ce qu'il y avait de plus beau en moi là où mon propre père n'avait fait que cultiver la haine et la colère.
Cependant j'ai bon te honnir sur le moment de toute mon âme, je m'exècre encore plus pour toute ma lâcheté passée, présente et future. Je me déteste pour ne pas avoir réussi à mieux te protéger, pour ne pas avoir assez souvent veillé sur ton sommeil, pour ne pas avoir vu ta détresse plus vite, pour m'être voilé la face alors que j'avais toutes les preuves face à moi. Tu tentes de te redresser d'avantage mais d'un signe de la tête, je te fais comprendre que tu dois rester allongé. Tu t'exécutes avec un soupir bruyant qui me semble rempli d'exaspération et une foule de souvenirs revient m'assaillir soudain sans raison...
Je te revois tout à coup sourire à une blague de Ron secouant ta tête aux boucles noires désordonnées avec un air indulgent pour ton meilleur ami. Je t'entends encore me murmurer des mots insensés que seul moi pouvais comprendre, que seul moi avais le droit d'écouter. J'ai l'impression de ressentir encore le poids de ton corps dans mes bras le jour de notre mariage alors que je te soulevais du sol pour te faire tourner dans les airs. Je peux encore sentir ta douce odeur d'après rasage quand tu t'allongeais nu à mes côtés avant que l'on fasse l'amour passionnément. Je peux revoir aussi tes yeux le jour où tu m'as juré devant des centaines de personne d'être à mes côtés pour le meilleur comme pour le pire. Je peux encore me souvenir de la détermination de ton regard à ce moment là, de la douceur de ta voix, de la chaleur de ta main dans la mienne...
Tu ouvres la bouche pour parler puis tu la refermes comme si les mots pour la première fois de ta vie te manquaient. Toi qui as toujours su t'exprimer face aux autres, toi qui avais le chic pour trouver les paroles qui réconforteraient tes amis ou celles qui leur redonneraient espoir, toi le brillant orateur tu ne sais pas quoi dire quand je suis à tes côtés. Tu finis par quand même briser le silence trop lourd qui nous écrase par sa présence et je lis dans tes yeux éteints tout ce que ta bouche ne sait plus exprimer à présent.
« - Je vais mourir, Draco. »
Je ne réponds rien à cette affirmation qui n'est que trop véridique pour moi. Je ne dis rien car ces quatre mots ressemblent à un poignard dans mon c½ur. Je me tais parce que moi, Draco Lucius Malfoy, je ne sais pas quoi répliquer face à ta sérénité et au ton doux et mélancolique de ta voix brisée par les épreuves. Je me mure dans le silence pour moi ne pas éclater en sanglots devant toi.
« - Je vais mourir et je vais partir loin de toi. »
De nouveau, je ne réponds rien trop choqué par tes paroles pour moi trouver la moindre chose décente à te rétorquer. Je pourrais te mentir en te criant que non tu ne vas pas partir mais je n'en ai plus la force. De toute façon, on t'a trop souvent dissimulé la vérité pour toi encore croire à des promesses chimériques. Je m'éloigne de ton lit et de ton corps qui malgré sa maigreur continue à allumer en moi le brasier du désir. Oh si tu pouvais savoir combien mon corps appel le tien à chaque fois que mon regard te détaille !
Pourtant tu n'es plus qu'un très illusoire reflet de l'homme que j'ai aimé...Je m'arrête face à la fenêtre que j'ouvre laissant un fin courant d'air frais entrer dans ce milieu aseptisé de tout. Et je ne peux m'empêcher de lever les yeux vers ce ciel trop bleu pour être vrai. Et je ne sais pas pourquoi, je me surprends à adresser une prière muette aux cieux...
Un jour, deux jours, huit jours
Laissez-le moi encore un peu à moi
Mais rien ne me répond alors que j'implore le ciel de te laisser encore un peu vivre à mes côtés. Je n'ai jamais cru en une quelconque divinité emplie de bonté et de bienveillance envers les hommes. Si un tel être existait vraiment, tu n'aurais jamais dû porter si jeune un poids aussi lourd. Si Dieu était plus que l'invention d'un fou, tu n'aurais jamais eu à tuer un autre être humain dans le but de sauver un monde décadent et en perdition même sans l'influence néfaste de Voldemort.
Pourquoi aurais-je crû en un être immortel alors que je n'arrive toujours pas à avoir foi en l'homme ? Je ne sais pas voir la beauté intérieure que tu perçois chez n'importe qui, je ne crois pas en la bonté des autres car je les pense tous perverti comme je le suis. Seul toi à cette grâce offerte par je ne sais quel ange qui s'est penché sur ton berceau pour t'offrir l'innocence de penser pouvoir changer le monde.
Mais aujourd'hui alors que tout mon univers s'écroule avec l'approche de ta mort, je me tourne vers ce Dieu en lequel je ne crois pas pour le supplier à genoux s'il le faut. Je désire juste que tu restes encore à mes côtés même si c'est pour un lapse de temps très court ! Je veux juste que la peur m'abandonne pendant quelques heures. Je veux pouvoir quitter cette pièce sans craindre de renter quelques minutes plus tard pour moi retrouver ton corps mort sans que je n'ai pu te dire au revoir.
Je reviens vers toi et je me réinstalle à tes côtés sur le matelas si doux et pourtant si dur car il me rappel sans cesse la réalité de ton état. Toi qui as survécu à tant de choses, tu vas être terrassé par une bête maladie sans aucun maléfice. Oui toi l'Espoir du monde sorcier, le Héros de plusieurs générations, tu es entrain de mourir d'un simple cancer du sang, d'une terriblement banale leucémie. Toi qui voulait tant ressembler à un être normal, tu auras une mort quelconque comme tu souhaitais que soit ta vie...
Tes cheveux ont repoussé depuis que tu as arrêté les chimiothérapies mais ils ne sont plus aussi soyeux et aussi brillant qu'avant. Ils ont même perdu leur sale habitude de n'en faire qu'à leur tête. Ils retombent simplement sur ton front sans aucun mouvement comme si la vie avait déjà abandonné les extrémités de ton corps pour se concentrer dans ton c½ur.
Le temps de s'adorer, de se le dire
Le temps de se fabriquer des souvenirs
Soudain, tu te redresses pour toi m'embrasser vivement comme si demain ne comptait plus pour nous car demain tu ne seras plus là. Je ne sais pas d'où me vient cette certitude mais j'ai conscience de sa véracité. Ta langue force l'entrée de ma bouche et nous oublions pendant tout un temps tout ce qui n'est pas nous.
Je veux que tu restes à mes côtés encore un tout petit peu. Juste pour moi savoir si c'est vraiment de l'amour ce que j'éprouve lorsque je te vois. Et si c'est le cas, alors reste encore un peu pour moi pouvoir tomber encore plus amoureux de toi. Juste pour moi découvrir si dans la durée nous deux ça aurait réussi malgré nos querelles et nos points de vue différents. Juste pour moi savoir si notre mariage était de la folie ou de la raison.
Reste pour moi avoir l'occasion de te dire un jour tout ça, pour moi pouvoir te murmurer toutes ces choses que je ne sais pas t'avouer ! Laisse-moi le temps de me faire à l'idée que l'amour n'est pas une faiblesse mais une force ! Laisse-moi encore quelques semaines pour que je puisses saturer ma mémoire de milliers de souvenirs tous plus beaux les uns que les autres...
C'est trop tôt pour toi déjà t'en aller en me laissant avec tant de questions sans réponses ! Pour toi m'abandonner avec tant de projets et de désirs inassouvis ! Souviens-toi, je t'ai promis de te faire voir la mer, de te faire dormir dans un hôtel cinq étoiles, de te faire l'amour sur une plage privée, de te faire des enfants, de vieillir à tes côtés, de compter un jour tes rides pour passer le temps...
Et puis, le silence qui est toujours là alors que je te serre un peu plus fort sentant que tu utilises tes dernières forces dans cette étreinte. Puis tu me repousses pour toi te rallonger sur ton lit avec un sourire las de je ne sais quoi et avec un regard vide de toute peur et de tout doute.
« - Je vais bien dormir, cette nuit. Hermione m'a dit qu'elle était enceinte de trois mois, c'est magnifique ! La vie qui grandit en elle, c'est quelque chose de merveilleux je trouve, pas toi ? »
Moi ? Moi, je me fiche de Granger comme de mon premier elfe de maison ! Moi, je fixe ton ventre qui jamais n'abritera la vie car la vie t'aura quitté bien avant. Moi, je pense à cet enfant qu'on aurait pu avoir. J'imagine le mélange étrange qu'ensemble nous aurions créé. Un petit garçon aux cheveux couleur soleil et à la peau brune avec un regard émeraude un rien arrogant et un petit sourire d'ange.
Ou alors peut être une petite fille aux longs cheveux noirs bouclés et à la peau diaphane avec de grands yeux gris plein de doutes et de fierté mélangés. Une fillette emplie de grâce et d'amour pour les autres, une serpentarde dans le corps d'une griffondore. Mais ces enfants ne verront jamais le jour, je le sais et j'en souffre énormément. Et je hais la Belette et la Sang de Bourbe de connaître un bonheur qui m'est à présent interdit.
Je sens ton regard peser sur moi mais je ne réponds toujours pas à ta question. Je ne suis pas toi, bordel ! Moi, je suis un homme égoïste qui ne pense qu'à lui-même ! Je sais que chaque jour qui passe, la morphine fait de moins en moins effet sur toi. J'ai conscience que chaque minute qui s'écoule, ta souffrance s'agrandit un peu plus et pourtant j'ai beau savoir tout ça, je veux quand même que tu restes encore en vie prolongeant ta douleur mais ne me privant pas de ta présence...
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu
Laissez-le moi remplir un peu ma vie
Tu t'allonges plus confortablement sur ton lit et tu papillonnes des yeux t'accrochant pourtant encore pour toi ne pas sombrer car tu as conscience que tu ne te réveilleras plus jamais une fois tes yeux clos. De nouveau, je me tourne vers ce Dieu que je hais pourtant pour moi l'appeler à l'aide une fois de plus.
Pourquoi faut-il qu'il te rappelle à ses côtés maintenant alors que tout allait pour le mieux pour nous deux ? La guerre était enfin finie, nous venions de nous marier après trois ans de passion tumultueuse...Nous étions arrivés là où personne ne pensait que nous irions, nous avions réussi tout ce qu'ils croyaient que nous échouerions...
Sans toi, je ne suis plus rien ! Mon Dieu, laisse-le-moi encore un peu, je vous en prie ! Laisse-le remplir ma vie comme seul lui sait le faire ! Laisse-le me faire revivre une fois de plus grâce à son affection ! Laisse-le être à mes côtés pour donner un sens à cette existence qui avant lui n'en avait pas !
Ne me le reprenais pas, je vous en supplie ! Que vais-je devenir sans sa voix, sans sa peau, sans son amour ? Qui sera là lorsque j'aurais mal ? Qui me prendra dans ses bras lorsque j'aurais peur au milieu de mes nuits hantées par mes souvenirs d'une enfance solitaire ? Qui s'occupera de moi qui suis incapable de vivre sans une personne à mes côtés ? Qui sera là pour écouter mes incertitudes, mes doutes, mes colères, mes haines ? Qui m'acceptera comme lui l'a fait ? Qui me pardonnera tout ce que lui m'a pardonné ? Qui, mon Dieu ? Qui sera être lui ?
Tout à coup, je me rends compte que je pleure depuis un bon moment les larmes roulant sur mes joues pour s'échouer dans le creux de ton épaule. Qui saura voir mes faiblesses sans se moquer ? Qui saura être toi ? Personne ne pourra jamais m'aimer comme toi tu l'as fait ! Personne jamais ne sera te remplacer dans mon c½ur...
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu
Laissez-le moi encore un peu
J'ai si peur de la solitude qui m'attend ! Je me mettrais à genoux s'il le faut, je me soumettrais moi qui n'ai jamais accepté de baisser les yeux ! Je ferais n'importe quoi pour que tu restes encore un jour de plus dans ma vie. Mais il me semble qu'aucune de mes suppliques n'arrivent jusqu'au ciel. Alors je continue à sangloter pensant que c'est toi qui devrait être désespéré et non pas moi qui vais survivre à cette nuit.
« - Draco, qu'est ce qu'il y a ? »
Tu caresses mes cheveux tendrement m'apportant ce réconfort que je n'ai connu qu'entre tes bras. Je ne sais pas quoi répondre à cette question pourtant si simple. J'ai peur de tout et de rien. Je suis triste et désespéré. Je suis perdu dans les limbes d'un monde qui n'a plus de saveur, qui n'a plus d'intérêt puisque demain tu ne seras plus là.
« - Ne pars pas, je t'en prie... »
Ma voix n'a été qu'un murmure à peine audible mais je sais que tu m'as entendu puisque tu resserres tes bras autour de mon dos pour me donner l'illusion que tu es encore là avec moi. Et pendant une minute, je me laisse bercer pas ton étreinte si apaisante. Et pendant une seconde qui ressemble à l'éternité, je me mens me disant que finalement demain tu seras encore là avec ton regard espiègle et ton sourire charmeur.
Je me répète inlassablement que tout ceci n'est qu'un cauchemar et que j'ai vais finir par me réveiller. Je te raconterais alors mon rêve en me moquant de ma propre sensibilité et je te prendrais contre moi juste pour me rassurer que tu es bel et bien là à mes côtés. Oui, je me mens et je m'en fous pour tout avouer. Les mensonges sont parfois tellement plus beaux que la triste réalité de nos existences condamnées...
Ta main glisse sous mon menton et nos regards s'accrochent désespérément. Je t'embrasse alors sans aucune douceur juste avec tout mon désespoir et toute ma peur de te perdre beaucoup trop tôt pour avoir pu t'aimer comme je le voulais tant. Je m'étais juré de te faire oublier la guerre et la violence. J'aurais effacé de tes yeux cette mélancolie toujours latente et j'aurais supprimé de tes nuits l'angoisse et la peur de revivre en rêve ton passé. J'aurais créé rien que pour nous deux un monde fabuleux sans peine et sans contrainte grâce à mon argent. Je t'aurais emmené là où personne d'autre n'aurait su te conduire, là où tes amis ne seraient jamais allés.
Je t'aurais fait mourir de plaisir sensuel, je t'aurais enseigné la luxure et le sadisme. J'avais tant de projet pour nous deux ! Je nous aurais fait construire une immense maison avec un énorme jardin pour toi pouvoir fuir ta peur de la société, pour toi guérir cette impression d'être toujours prisonnier de ta vie, de ton destin, des conventions... Mais je ne pourrais jamais réaliser tous ces v½ux à présent que la maladie te cloue à ce lit, à présent que la seule chose qui puisse nous séparer s'est mise au travers de notre route. Et j'ai si peur que j'en ai presque la nausée tant il y a de choses qui tournent sans cesse dans ma tête.
Six mois, trois mois, deux mois
Laissez-le moi ou seulement un mois
Je ne demande pourtant pas des années pour pouvoir réaliser tout ça ! Je désire juste un peu plus de temps ! Je ne demande que quelques mois supplémentaires pour moi pouvoir te rendre heureux, pour moi pouvoir te rendre ce sourire que la guerre t'a volé...Pourquoi a-t-il fallu que tu tombes malade après seulement quelques mois de quiétude ? Ne mérites-tu pas un peu de repos comme tout le monde ? Pourquoi le sort s'acharne-t-il autant sur toi ? Sur moi ? Et sur nous ? Que me reste-t-il déjà de notre histoire à part quelques souvenirs et quelques photos ?
Nos langues jouent l'une contre l'autre et un combat acharné débute pour celui qui dominera et comme toujours, tu me laisses gagner. Nous faisons l'amour en quelque sorte ici même rien qu'en nous embrassant car faire l'amour, c'est ça. C'est être là qu'en l'autre en a besoin. C'est savoir se sacrifier juste parce que c'est pour l'être aimé qu'on le fait. C'est savoir parfois rêver pour deux lorsque notre partenaire à baisser les bras et s'est résigné.
On se sépare à nouveau et tu te rallonges m'entraînant avec toi sur ce lit étroit. Je me blottis contre ton corps et tu pousses un long soupire de plaisir alors que mes lèvres parcourent la peau de ton cou. Tes paupières sont lourdes et doucement tu les fermes en m'enlaçant plus étroitement. J'ai envie de te hurler de garder les yeux ouverts mais je sais que rien ne pourrait t'empêcher de te détourner de cette fatigue immense qui t'envahit inexorablement malgré tous tes efforts pour lui résister.
« - Draco, je suis si fatigué... »
Je dépose un instant ma bouche sur ton front luttant contre le sanglot qui m'étrangle m'empêchant de respirer normalement. Et soudain, je puise en toi une force qui m'a trop souvent manqué au cours de ma vie. Si j'avais été un peu plus courageux dès mon plus jeune âge, j'aurais eu ta présence à mes côtés. Mais jusqu'à mes seize ans, j'ai été un lâche et j'ai toujours préféré suivre la voie de la facilité au lieu de me battre pour mes convictions.
Si j'avais été autre chose qu'un sale gosse de riche pourri jusqu'à la moelle, je t'aurais avoué beaucoup plus vite mes véritables sentiments au lieu de faire le fier et de tout nier devant toi. J'ai tant de regrets aujourd'hui...C'est pour ça que tu ne peux pas mourir ! Pas avant que je ne me sois excusé d'avoir été pendant cinq ans un connard fini ! Pas avant que je n'aie pu te prouver combien je tiens à toi malgré tout ce que je ne sais pas t'avouer de ma bouche si lâche quand il s'agit d'être gentille.
Et malgré tout ce que j'aimerais te dire, je me contente de me pelotonner un peu plus à tes côtés. J'ai conscience que tu attends ma bénédiction pour toi te laisser aller et rendre les armes. Et pour la première fois de ma vie, je me comporte en homme altruiste car je te donne cet accord de te laisser aller à mourir. Je te dis implicitement de cesser la lutte et de partir en paix car où que tu ailles, je te rejoindrais.
« - Hé bien dors si tu es fatigué. Je reste près de toi de toute façon...»
Tu ne réponds rien mais je te sens te détendre à mes côtés et je ferme aussi mes yeux souhaitant mourir avec toi maintenant dans la seconde. Je pose délicatement ma tête sur ton torse écoutant ta respiration lente et le doux tam-tam de ton c½ur qui bat si près du mien. Une heure s'écoule...Deux heures passent...Le temps s'égrène lentement me laissant à loisir souffrir toujours un peu plus au fur et à mesure que ton c½ur ralentit. Il est encore temps d'appeler un médicomage pour lui te faire de la réanimation magique qui prolongera ta vie de quelques heures voir de quelques jours mais je ne bouge pas attendant juste la fin.
Le temps de commencer ou de finir
Le temps d'illuminer ou de souffrir
Nous n'avons même pas eu le temps de vivre pleinement notre amour ! Nous n'avons pas eu le temps de commencer notre histoire ou de l'achever ! Elle est juste restée en suspend entre deux mondes différents. Tu as eu à peine quelques mois pour illuminer de ta présence ma vie trop sombre et trop morne. J'ai juste eu le temps de m'accrocher assez à toi pour souffrir à vouloir en crever alors que ton souffle se raréfie et que ton c½ur n'est plus qu'un léger bruit très espacé.
Et puis, tout à coup, c'est la fin. Je n'entends plus rien et ton torse ne se soulève plus sous moi me prouvant que tu vis. Tu es mort. Tu es parti loin de moi dans un endroit où je ne peux pas te suivre...C'est étrange mais je ne ressens rien pour l'instant. Ni peine, ni soulagement, ni colère, ni désespoir. Rien. Tout est vide en moi. Tout est mort dans mon c½ur en même temps que toi.
Je te serre toujours contre moi, ton corps commençant déjà à se refroidir alors que ton esprit s'en est allé autre part. Est ce plus beau là où tu es ? Ressens-tu toi aussi cette espèce de néant qui m'habite depuis ton départ ? As-tu comme moi l'impression que plus rien n'a de sens puisque l'amour s'en est allé ? Pourtant, je continue à implorer le Seigneur de te laisser encore un peu à mes côtés.
Même si à cause de cela, je dois m'attacher encore d'avantage à toi. Même si au bout du compte, ta présence prolongée près de moi rendra la séparation encore plus dure à accepter. Même si je souffrirais tellement plus de ton départ car j'aurais pu ainsi vérifier à quel point je t'aime réellement. Alors, je blottis ma tête dans ton cou frôlant de mes lèvres tremblantes ta peau si douce et pourtant déjà si froide. Et je ferme mes yeux souhaitant mourir moi aussi tout de suite pour moi te rejoindre dans ce monde où rien ne nous séparerait, où rien ne nous opposerait.
« - Merlin Harry, je t'aime tellement... »
Ma bouche a prononcé ses mots que pas une seule fois en trois ans et demi, je n'ai réussi à te dire. Pourquoi ai-je la force de tout t'avouer maintenant que tu n'es plus là pour l'entendre ? Pourquoi ne me réponds-tu pas ton éternel je sais comme lorsque j'étais incapable de t'exprimer mon amour autrement que par des caresses ? Mon Dieu, laissez-le moi encore s'il vous plaît ! Ne me le reprenez pas ! Pas comme ça ! Pas maintenant ! Faites qu'il se remette à respirer comme par miracle...C'est ça faites un miracle pour moi et rendez lui la vie ! Rendez-le moi !
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu
Même si j'ai tord, laissez-le moi encore un peu
Je sais que je ne souffrirais que d'avantage si jamais il revivait encore pour un mois ou deux. Mais je me moque de la douleur future tant que la souffrance présente disparaît. Car soudain, j'ai si mal au c½ur que je n'arrive même plus à me lever pour prévenir une infirmière que le Survivant est décédé. Pourtant il faut que je dise à quelqu'un que ce garçon qui avait tant de fois défié la mort à fini par se faire rattraper par elle.
Je me détache de toi et je titube jusqu'à la porte que j'ouvre pour tomber face à face avec tout un groupe de Griffondors plus mon maître de potion plus renfrogné que jamais. Ils me dévisagent tous semblant chercher qu'est ce qui m'a à ce point rendu amorphe et je leur annonce sans même m'en rendre compte la terrible nouvelle. Cette nuit à minuit, tu aurais eu 20 ans. L'âge le plus beau paraît-il puisque toute la vie s'offre à nous...Mais toi, ta vie est depuis déjà un bon moment derrière toi.
« - C'est fini...Il est parti...Il est mort...Pas souffert...C'est juste endormi pour ne plus se réveiller... »
Je n'ajoute rien d'autre cédant le passage alors que Ginny se met à pleurer à chaudes larmes, accompagnée par madame Wesley et par Granger. Etrangement, ils me regardent tous. Ils s'attendent sans doute à ce que je me mette à hurler à mon tour mais je suis si vide que cela en devient effrayant. Je ne dis rien m'installant sur le rebord de la fenêtre ouverte pour moi regarder en bas les gens s'agiter ignorant tout du drame que je suis entrain de vivre.
Et puis soudain, je ne sais pas exactement ce qui me prend mais je me laisse tomber dans le vide. Je veux juste ressentir quelque chose même si c'est une douleur sans nom. Je tombe lentement vers le sol mais je n'ai pas peur. Bizarrement, je suis même plutôt serein. Je vois le sol se rapprocher de moi et je me surprends à sourire. Je suis bien. Je suis heureux. Je suis en paix avec moi même parce que je fais ce qui me semble être le plus juste. De plus d'ici quelques secondes, je vais te revoir me tendre la main et je pourrais de nouveau te serrer contre moi.
Je ne suis plus qu'à quelques centimètres du sol de pavés qui entoure l'hôpital Saint Mangouste où certains malades se promènent. Je sais maintenant la collision inévitable pourtant je ne regrette rien du tout. Merde Potter, j'ai à présent conscience d'être fol amoureux de toi ! Je sens de l'eau sur mon visage et je comprends que je pleure depuis un bon moment apparemment. J'ai l'impression de sentir encore tes mains sur moi qui me caressent, qui me frôlent. Je serre les dents, je m'apprête à souffrir et à mourir et...
Soudain, je me réveille en sursaut dans mon lit en hurlant ton prénom de toutes mes forces. Quelque chose en moi ne cesse de me répéter que tu es mort et que je t'ai perdu à tout jamais. Les larmes me reviennent et je me remets à sangloter doucement lorsque je sens un bras s'enrouler autour de ma taille. Je sursaute violemment et me tourne vers le corps profondément endormi à mes côtés. Tu es couché sur le ventre, ton visage est tourné vers moi et un fin sourire ourle tes lèvres fines. Nous sommes tous les deux nus et nos habits traînent un peu partout dans la pièce.
Les souvenirs m'assaillent tout à coup avec une netteté tout simplement effrayante. Hier, nous avons passé l'après midi ainsi qu'une bonne partie de la soirée chez tes deux meilleurs amis qui fêtaient leur un an de mariage. Je me revois t'embrasser sous un cerisier japonais tout en fleur et je me rappelle à quel point notre étreinte avait dégénéré sans raison nous laissant pantelant et terriblement excité. Nous avions alors dit rapidement au revoir à tout le monde pour nous rentrer chez nous.
Nous étions si pressés que nous nous étions dévêtus sur tout le chemin menant à notre chambre pour finir par faire l'amour sur le tapis face à la cheminée, le lit étant trop loin d'après toi. Ensuite, je t'avais pris dans mes bras pour te conduire jusqu'à notre immense lit où nous avions fait l'amour pour la seconde fois avant de nous endormir dans les bras l'un de l'autre.
Je me souviens aussi que tu m'avais questionné longuement sur notre futur mariage et sur mes sentiments toujours indéterminés pour toi. Et lorsque tu m'avais demandé si je t'aimais, je n'avais pas su te répondre car hier encore je ne connaissais pas la réponse à cette question pourtant si simple. Et soudain, je regrette toutes mes hésitations passées...
Je me tourne vers mon oreiller tout humide des larmes que j'ai versées pendant mon sommeil et soudain je ressens le besoin de te réveiller. J'ai terriblement envie de te parler, d'entendre ta voix, de te serrer contre moi...Je te secoue sans ménagement m'attirant des petits grognements de ta part mais tu finis par ouvrir les yeux à contre c½ur.
« - Quoi ? »
Je t'admire un instant avant de te prendre contre moi comme un dément m'attirant un petit cri étonné de ta part. Je pense de nouveau à notre futur mariage qui est dans deux mois mais surtout je pense à ses trois mots que je ne t'ai jamais dit parce que je ne savais pas avant ce matin à quel point tu étais important à mes yeux. Alors je te dis simplement ce que ce cauchemar m'a fait réaliser au plus haut point :
« - Je t'aime! »